Les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite ont anticipé ce scénario et construit des pipelines alternatifs avant la crise. La ligne des Émirats arabes unis, qui s’étend jusqu’à Fujairah sur la mer d’Oman, a la capacité de transporter jusqu’à 1,7 million de barils par jour, tandis que la ligne Est-Ouest, qui atteint le port saoudien de Yanbu sur la mer Rouge, offre une capacité allant jusqu’à 7 millions de barils par jour. Il existe également un système de stockage souterrain de 42 millions de barils à Fujairah.
Mais ces alternatives sont également menacées. Les attaques de missiles et de drones iraniens ont ciblé Fujairah et Yanbu. La capacité de chargement réelle du port saoudien est limitée à environ 5 millions de barils.
Ces chiffres restent bien en deçà des niveaux d’exportation d’avant la crise. Alors que l’Arabie saoudite pourrait exporter 9,3 millions de barils avec une production quotidienne de 12,5 millions de barils, les Émirats arabes unis pourraient exporter 3,6 millions de leurs 4,85 millions de barils de production.
Investissements et coûts dans les infrastructures
Les solutions alternatives nécessitent des coûts importants. Le pipeline Habshan-Fujairah a coûté 4,2 milliards de dollars en 2012 ; Aujourd’hui, ce coût est estimé à environ 6 milliards de dollars. Cependant, avec les prix actuels du pétrole, le coût de cet investissement peut être couvert en un mois seulement.
Une nouvelle ligne vers le port de Duqm à Oman nécessite un investissement d’environ 10 milliards de dollars. Ces projets sont considérés comme une « assurance » vitale même s’ils seront rarement utilisés.
Les pays du Golfe pourraient recourir à des fonds souverains ou s’associer à des pays dépendants de l’énergie comme le Japon, la Corée du Sud et l’Inde pour financer ces investissements.
Inégalités géographiques et risques
Des pays comme le Koweït, Bahreïn et le Qatar sont géographiquement désavantagés et ne disposent pas d’itinéraires alternatifs. Cette situation crée un déséquilibre au sein de la région à court terme. Si seulement l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis pouvaient exporter, ils bénéficieraient de prix plus élevés, tandis que d’autres pays en souffriraient.
Toutefois, à long terme, les pays de la région doivent agir de manière coordonnée. Dans le cas contraire, la capacité de l’Iran à faire pression sur chaque pays individuellement et à affecter l’économie mondiale augmentera.
Limites techniques et menaces de sécurité
Les pipelines et les terminaux sont également vulnérables aux attaques. Même si une seule conduite est facilement réparable, les stations de pompage et les terminaux de chargement sont plus vulnérables. Les Houthis au Yémen peuvent perturber le trafic maritime dans la mer Rouge, rendant les routes d’exportation plus longues et plus coûteuses.
De plus, les différents types de production pétrolière dans la région (du pétrole lourd d’Irak au pétrole léger d’Arabie Saoudite) créent une complexité logistique. Même si le mélange peut se faire en situation de crise, la solution idéale est de transporter les différentes espèces séparément.
Transports alternatifs et nouvelles stratégies
Les projets ferroviaires gagnent également en importance. Le projet Landbridge en Arabie Saoudite et la ligne Etihad Rail vers Oman pourraient faciliter le transport de produits dérivés et de matières premières.
L’inclusion de l’Irak dans le système pourrait également réduire l’influence de l’Iran. Bagdad vise à transporter quotidiennement 650 000 barils de pétrole via la Turquie et prévoit de nouvelles lignes via la Syrie et la Jordanie.
Cependant, l’Iran tente de bloquer ces projets en usant de son influence en Irak. Exporter via l’Irak pourrait constituer une opportunité importante pour le Koweït.
Bien que des routes alternatives s’étendant vers la Méditerranée via Israël soient également discutées, selon les experts, cela ne ferait que déplacer la dépendance de l’Iran vers Israël et ne résoudrait pas le problème.
Selon les experts, la libre circulation du pétrole peut réduire les effets de la crise du détroit d’Ormuz, mais ne peut pas l’éliminer complètement. Par conséquent, le développement de pipelines alternatifs, de stockages souterrains et de réseaux ferroviaires est essentiel pour la stabilité économique régionale et mondiale.