September 24, 2021

Moscou et Pékin en alliance de fait contre le terrorisme islamiste

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Nonobstant la compétition entre les deux grandes puissances, la prise de l’Afghanistan par les talibans impose un front uni pour freiner les groupes radicaux en Asie centrale. Déjà ces derniers jours, des manœuvres militaires conjointes russo-chinoises. Pendant ce temps, Loukachenko risque également des répercussions économiques du nouveau cours à Kaboul.

Les manœuvres militaires conjointes russo-chinoises de ces derniers jours dans le nord-ouest de la Chine, dans le but de présenter une manœuvre antiterroriste, témoignent de l’inquiétude commune de Pékin et de Moscou face à la spirale de violence qui pourrait se déclencher après la prise de contrôle de Kaboul par les talibans.

De nombreux observateurs pensent que des groupes extrémistes pourraient renforcer leurs positions aux frontières des deux grandes puissances asiatiques et cela semble rapprocher les deux pays, qui apparaissent souvent comme des concurrents dans la sphère économique de l’Asie centrale. Même si certains craignent qu’en réalité cette tension puisse exacerber leur antagonisme par la suite.

Dans la région autonome chinoise du Ningxia, il y a actuellement plus de 10 000 soldats des deux pays, avec un important équipement d’artillerie, d’avions et de véhicules blindés. Des manœuvres d’entraînement sont prévues pour contrer les actes de guérilla dans des territoires difficiles à contrôler.

Le ministère russe de la Défense souligne que les exercices visent à être « la démonstration de la décision et des capacités de la Russie et de la Chine dans la lutte contre d’éventuels ennemis terrestres ». Des manœuvres similaires sont menées avec la coopération des Russes dans d’autres pays d’Asie centrale, notamment en Ouzbékistan et au Tadjikistan.

Le conflit entre les Russes et les Chinois reste dans le domaine économique, où tous deux tentent d’attirer les pays de la région vers leur zone d’influence.

À l’heure actuelle, les deux doivent d’abord s’inquiéter de la stabilité économique de la région, comme le dit Vasilij Kašin de l’Institut de l’Extrême-Orient de l’Académie des sciences de Russie : « La Russie et la Chine doivent désormais éviter la déstabilisation de la région, et aussi la relocalisation de la présence militaire américaine”.

Selon lui, si la situation venait à empirer, le problème d’agir de manière plus décisive se poserait : « Cela pourrait venir d’une coalition militaire russo-chinoise, personne ne pourrait contrôler la situation seul. Si un conflit devait tout remettre en jeu, il serait cependant difficile de prédire l’issue de cette alliance purement tactique.

La Russie est également particulièrement préoccupée par l’éventuelle expansion des talibans dans les territoires de la Fédération, à travers les lignes des anciens pays soviétiques. C’est ce que souligne le célèbre journaliste Dmitry Gordon dans Ekho Moskvy : « Si les talibans apparaissaient aux frontières russes, le problème de leur confinement se poserait, connaissant leur capacité dans des terres si inaccessibles, et leur infatigable aptitude pour la guérilla, qui commence par mettre des fusils Kalachnikov entre les mains d’enfants de 10 ans”.

En Russie, rappelle Gordon, près de 30 millions de musulmans vivent dans des territoires annexés par la Russie au cours des deux derniers siècles, et nombre d’entre eux pourraient être attirés par le fondamentalisme des « étudiants d’Allah ».

Les mêmes pays d’Asie centrale, dirigés par des régimes formellement « laïcs », sont très inquiets de la formation d’un émirat islamique derrière leurs foyers. Les talibans assurent qu’ils ne veulent pas se mêler des affaires intérieures de ces pays, mais leur propre idéologie semble les contredire, et on ne sait pas du tout quelles relations vont réellement s’établir tant au niveau bilatéral que global.

Une alarme particulière vient de la Biélorussie, l’un des points forts de son économie étant les exportations vers l’Afghanistan : rien qu’en 2020, celles-ci s’élevaient à 184 millions de dollars, et en 2021 elles avaient déjà atteint 113 millions. En réalité, cela ne représenterait que 1% du total des exportations biélorusses, mais le pays sera bientôt frappé par de lourdes sanctions occidentales en raison des répressions de Loukachenko.

La situation afghane est d’ailleurs survenue au moment crucial des paiements de la dette extérieure biélorusse, à effectuer en dollars, et le manque à gagner afghan pourrait être particulièrement douloureux, comme le note l’économiste biélorusse Katerina Bornukova à propos de Zerkalo. I : « La Biélorussie exporte actuellement principalement des tracteurs et des produits pétroliers vers la Russie, qui servent souvent de camouflage pour les transactions d’armes… on ne sait pas à quel point les talibans en auront désormais besoin, car ils semblent ne pas manquer d’armes.

En raison des sanctions, la Biélorussie sera obligée de chercher d’autres moyens de rentabiliser sa production, et le risque est que tout cela déborde sur le “grand frère” russe.

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